Programme à bord

Si les astronautes ne sont pas tous des scientifiques à proprement parler, on peut dire que la Station spatiale internationale est un immense laboratoire. Unique en son genre, ce labo de la micropesanteur permet de confronter les sciences à l'absence de pesanteur sur des périodes plus longues que les vols paraboliques. Au cours de la mission Alpha, Thomas Pesquet sera amené à effectuer une centaine d’expériences dont près de la moitié seront européennes.

L'ISS, lieu privilégié de la micropesanteur


La pesanteur a un effet sur presque tout ce que nous faisons. L’enlever de l’équation permet d’améliorer notre compréhension des phénomènes naturels. A bord de la Station spatiale internationale, les règles qui gouvernent la sédimentation, la flottabilité et la convection ne s’appliquent pas.

En « chute libre » autour de notre planète, les astronautes à bord de la Station spatiale vivent en micropesanteur. Ce laboratoire en « impesanteur » offre l’opportunité d’effectuer des expériences qui ne sont tout simplement pas possibles sur Terre. Là-haut, l’équipage mène des recherches de pointe, teste de nouvelles technologies et repousse les limites de nos connaissances. Au sein de cet environnement unique, Thomas va consacrer beaucoup de temps aux activités scientifiques, de la recherche sur l’homme à la recherche sur les radiations, en passant par la science physique et la biologie, mais aussi faire la démonstration de technologies qui pourraient influencer la manière dont nous vivons et travaillons.

Chaque jour est différent à bord de la Station spatiale internationale ; nous menons tellement d’expériences qu’il est difficile de se souvenir de toutes. Un moment nous incubons des cellules souches, l’instant suivant nous lançons des satellites et dans l’après-midi nous mettons de nouvelles cartouches dans le four à métaux de la Station pour analyser et améliorer de nouveaux alliages. C’est fascinant et j’adore ce travail que nous faisons pour le compte des chercheurs et qui profite à tous sur Terre.

Sélection des expériences

Les agences spatiales des pays membres de l’ISS1, lancent régulièrement des appels à propositions d’expériences auprès à la communauté scientifique internationale. Ces appels se font soit agence par agence, soit par des groupes internationaux comme l’ISLSWG2. Les réponses font l’objet d’une revue par les « pairs », experts d’un domaine scientifique, qui transmettent leurs recommandations aux agences. Celles-ci procèdent alors à deux types d’évaluations : une évaluation technique qui détermine la faisabilité du projet, faisant si nécessaire appel à l’avis d’industriels, et une évaluation programmatique statuant non seulement sur les aspects financiers du projet mais prenant aussi en compte les possibilités de coopération avec d’autres partenaires. Seuls seront retenus les projets innovants, solides scientifiquement et techniquement, et dont le coût est en accord avec les disponibilités financières des agences.

Pour  les sciences de la vie, l’essentiel des expériences à bord de l’ISS est sélectionné par l’ISLSWG à peu près tous les 4 ou 5 ans, avec un processus de sélection d’environ un an. On estime à un peu plus de 50% la proportion de projets retenus. D’autres projets dans l’ISS, les « démonstrateurs », déjà frémissants dans les laboratoires, et impossibles à monter dans des délais très contraints, pourront échapper à la sélection, mais leur nombre est extrêmement limité et leur sélection forcément moins assurée.

1Les États-Unis, le Canada, le Japon, la Russie, et 10 membres de l'Agence spatiale européenne (Belgique, Danemark, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Norvège, Espagne, Suède et Suisse).
2International Space Life Sciences Working Group

Columbus : La science européenne dans l'espace

Columbus est le premier et le seul laboratoire européen dédié à la recherche à long terme en impesanteur. Le laboratoire spatial européen accueille une vaste gamme de disciplines scientifiques, de l’astrobiologie à la science solaire en passant par la métallurgie et la psychologie. A l’intérieur comme à l’extérieur, ce module complexe et performant offre aux chercheurs la micropesanteur nécessaire pour démasquer des phénomènes qui ne peuvent pas être observés sur Terre.

La station de travail de Thomas comporte 16 installations d’expérimentation qui fonctionnent 24h sur 24, 7 jours sur 7. Chaque unité fonctionne comme un laboratoire indépendant avec sa propre alimentation, son propre système de refroidissement, et des liaisons de communication avec les scientifiques sur Terre.

Après une décennie passée en orbite autour de notre planète à 28 000 km/h, le laboratoire polyvalent Columbus permet constamment de nouvelles avancées scientifiques. Plus de 250 expériences ont été menées dans cette remarquable installation d’expérimentations.

Dans l’espace, je me sentais à bord de Columbus, un petit morceau d’Europe à bord de la Station spatiale internationale, comme chez moi. J’ai hâte de travailler à nouveau dans ce laboratoire.

Impesanteur-Boulot-Dodo : la routine des astronautes

Thomas Pesquet se lancera bientôt pour la Station spatiale internationale pour une durée de 6 mois, dans le cadre de la mission Alpha. Son programme de bord sera résolument tourné vers la science. Mais comment occupera-t-il précisément ses journées ? Retour sur la journée-type de l’astronaute !

Le matin

6H/6H30 : le réveil sonne pour Thomas Pesquet. Il dispose ensuite d’une heure environ pour s’extraire de son sac de couchage attaché à un mur ou au plafond de sa cabine, faire sa toilette grâce à des lingettes spéciales, prendre son petit déjeuner et s’imprégner du programme de la journée envoyé par le centre de contrôle dans la nuit.

7H/7H30 : Les choses sérieuses commencent. Première conférence audio avec les différents centres de contrôle sur Terre (Munich pour l’Europe). Moment d’échange entre les astronautes et les équipes au sol à propos du planning de la journée et d’éventuelles questions.

Puis à bord de la Station, chacun part effectuer son programme au sein des modules concernés. Thomas Pesquet consacre 50% de son temps à la recherche scientifique, il peut donc passer sa matinée dans le laboratoire Columbus à effectuer des expériences par exemple.

12H/12H30 : En général, chaque astronaute déjeune de son côté.

Chacun attrape l’équivalent spatial d’un sandwich, pour se replonger ensuite dans ses activités.

L'après-midi 

13H/13H30 : Si l’astronaute a consacré sa matinée à la science, il passe l’après-midi à effectuer des travaux de maintenance ou de logistique.  Et inversement. En effet, l’ISS est la maison des astronautes pendant leur mission et elle nécessite des travaux d’entretien au quotidien, comme tout logement sur Terre !

17H/19H : Lorsque certains sur Terre profitent de la soirée pour aller se dépenser dans les salles de sport, c’est un peu la même routine pour les astronautes à 400km au-dessus de nos têtes. Rester dans de bonnes conditions physiques est essentiel lorsque l’on évolue en impesanteur. Des tapis roulants, un vélo d’appartement (ou d’ISS !) et une machine de musculation sont donc à disposition des astronautes pour leur entraînement quotidien et obligatoire !

Le soir et le week-end

19H : Dernier contact avec les équipes au sol, lors de la conférence de clôture avec les centres de contrôle pour s’assurer que tout est en ordre et que le programme de chacun a bien été bouclé.

Pour finir la journée, quartier libre pour l’équipage ! Ils en profitent pour se consacrer à des activités individuelles (rédaction de leur journal de bord, détente en musique, appel ou correspondance avec leurs proches) ou collectives (dîner tous ensemble, visionnage de films…).

La fameuse Cupola de l’ISS est également un lieu très apprécié pour la vue imprenable qu’elle offre en permanence sur la Terre. Nul doute que les astronautes s’adonnent à l’art du selfie !

En bonus : les sorties extravéhiculaires !

Ce train-train quotidien bien réglé – qualifié également de « routine spatiale » par Thomas Pesquet - est parfois ponctué d’événements plus rares et très attendus par les astronautes, comme les sorties extravéhiculaires. Il s’agit de sorties dans l’Espace lors desquelles les astronautes sont physiquement reliés à la station par un câble de liaison. Ces sorties sont la plupart du temps organisées à des fins d'assemblage, de maintenance ou de réparation sur la Station spatiale internationale elle-même ou sur un vaisseau qui y serait amarré. Elles sont minutieusement préparées et programmées en amont en raison du risque qu’elles représentent : rien n’est laissé au hasard.

La mission Alpha comporte ainsi 4 sorties extravéhiculaires programmées. Des événements à suivre sur le site du CNES et sur les réseaux sociaux !